Inscriptions du runout d'un vinyle : RL, Porky, RVG, STERLING

RL, c'est Bob Ludwig ; Porky, George Peckham ; RVG, Rudy Van Gelder. Ce que les inscriptions du runout d'un vinyle disent du graveur, du studio et de l'usine.

Gros plan sur le sillon de sortie d'un 33 tours des Traveling Wilburys de 1988, frappé R. S. Alsdorf 925796-1-B
Photo: W.carter / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Les initiales gravées dans le runout d'un vinyle, cette zone lisse entre le dernier sillon et l'étiquette, sont le plus souvent une signature. RL, c'est Bob Ludwig, qui a gravé des laques chez Sterling Sound de 1969 à 1975, puis chez Masterdisk. Porky, Pecko ou « A Porky Prime Cut », c'est George Peckham, entré comme graveur aux studios Apple de Londres en novembre 1968. RVG, c'est Rudy Van Gelder, qui a enregistré presque toutes les séances Blue Note de 1953 à 1967 et en assurait lui-même le mastering. Les tampons STERLING, MASTERDISK ou TML désignent le studio où la laque a été gravée ; les marques MPO, QRP ou CTH, l'usine qui a pressé l'exemplaire.

Lues ensemble, ces inscriptions disent qui a gravé une face, dans quel studio, et où le disque a été pressé. Ce guide décode les plus courantes, avec des runouts tels que les contributeurs de Discogs les ont relevés. Savoir si votre exemplaire est un pressage d'origine est une autre question, traitée dans notre guide pour reconnaître un premier pressage.

Comment un nom se retrouve gravé dans le runout

La page Wikipédia consacrée aux numéros de matrice précise que le runout peut porter « les initiales ou la signature de l'ingénieur de gravure », et que les usines marquaient leur production d'« un numéro, un sigle, un symbole ou un logo » (traduction). Comme le graveur écrit sur la laque elle-même, sa marque se retrouve sur les disques pressés à partir d'elle.

Les studios indépendants y ajoutaient leur tampon. « Les disques gravés par les ingénieurs de mastering indépendants portaient souvent le tampon du studio dans le dead wax », expliquait Scott Hull, propriétaire de Masterdisk, à The Vinyl District en avril 2011, et « la plupart d'entre nous mettaient leurs initiales ou leur marque sur le disque, à côté du tampon » (traduction). D'où ce crédit en deux temps sur tant de runouts américains : un studio, puis une personne.

Hull explique aussi pourquoi un même album porte des noms différents selon les pays. Pour les artistes qui vendaient, l'ingénieur indépendant gravait toutes les pièces nécessaires aux pressages américains, « et parfois pour le monde entier ». Pour les autres, il ne gravait que le premier jeu de masters, et des copies de la bande partaient à l'étranger, où « un ingénieur local gravait le master de ce pays » (traduction). Un exemplaire britannique et un exemplaire américain du même LP peuvent donc porter deux signatures différentes, toutes deux authentiques.

Les inscriptions du runout en un coup d'œil

Inscription dans le runoutQui ou quoiCe que cela vous apprend
RL (aussi « rL »)Bob Ludwig, chez Sterling Sound, puis MasterdiskLudwig a gravé la laque de cette face
A PORKY PRIME CUT, PORKY, PECKO, PECKO DUCKGeorge « Porky » Peckham, graveur britannique, aux studios Apple à partir de 1968Peckham a gravé cette face
RVG, RVG STEREO, VAN GELDERRudy Van Gelder, à Hackensack puis Englewood Cliffs, dans le New JerseyVan Gelder a gravé la laque lui-même
KPG@CAKevin Gray chez Cohearent Audio (CA), son studio depuis 2010Gravure de Gray ; les lettres après @ désignent le studio
STERLING + initiales (TJ, GC, TC, RKS) ; « SS » sur les premières gravuresSterling Sound, New York, fondé en 1968Gravé chez Sterling ; les initiales désignent l'ingénieur
MASTERDISK + initiales (RL, HW, GC, TD, SH)Masterdisk, New York, sous ce nom depuis 1973Gravé chez Masterdisk ; les initiales désignent l'ingénieur
TML, TML-M, TML-S, TML-XThe Mastering Lab, fondé par Doug Sax à Hollywood en 1967Gravé chez TML ; la lettre désigne le tour de gravure
MASTERED BY CAPITOL + Wly, KPLes studios de mastering de Capitol, à partir d'octobre 1973 environGravé chez Capitol ; la gravure manuscrite désigne l'ingénieur
Bell Sound, en écriture cursiveBell Sound Studios, New York, 1950–1978Laque gravée chez Bell Sound
Frankford/Wayne, ou F/WFrankford/Wayne, Philadelphie depuis 1966, New York depuis 1973Gravé chez Frankford/Wayne
TOWNHOUSE, TOWN HOUSETownhouse Studios, ouest de Londres, 1978–2008Gravé au Townhouse de Virgin
ƱTOPIA, ou la lyre seuleUtopia Studios, Londres, 1976–1992Gravé chez Utopia
MPOMPO, Averton (Mayenne), depuis 1957Pressé chez MPO, ou matrices fabriquées chez MPO
QRPQuality Record Pressings, Salina (Kansas), depuis 2011Pressé chez QRP
RTI, ou un numéro de travail terminé par (1), (2) ou (3)Record Technology Inc., Camarillo (Californie), depuis 1974Galvanoplastie réalisée chez RTI
B + lettre de l'année + cinq chiffres, ex. BJ78101-01Optimal Media, AllemagnePressé chez Optimal, et l'année de la commande
-XXXX- frappé, ou une tête de Pallas AthénéPallas, Diepholz (Allemagne), depuis 1948Pressé chez Pallas
Six chiffres + lettre de format, « GZ Vinyl »GZ Media, Loděnice (République tchèque)Pressé chez GZ, et dans quel format
CTH, CT ou TL'usine Columbia de Terre Haute (Indiana), 1953–1982Pressé à Terre Haute, souvent pour d'autres labels

Les graveurs : RL, Porky, RVG et KPG

Bob Ludwig (RL). Ludwig a été vice-président de Sterling Sound, puis vice-président et ingénieur en chef de Masterdisk, avant de fonder Gateway Mastering à Portland, dans le Maine, en décembre 1992. Il a pris sa retraite en 2023 avec 7 892 crédits sur Discogs, selon Wikipédia. Son RL le plus célèbre figure sur Led Zeppelin II. Comme le raconte Tracking Angle, ses laques de 1969 sont parties chez Monarch (MO), Presswell (PR) et à l'usine Columbia de Pitman (P), ainsi qu'au Royaume-Uni et en Allemagne, avant qu'Atlantic ne rappelle l'album et le fasse regraver aux Atlantic Studios, « basses atténuées et dynamique quelque peu compressée » (traduction). D'autres exemplaires américains recensés sur Discogs portent « AT », la marque des Atlantic Studios, et pas de RL. Le test pressing personnel de Ludwig s'est vendu 35 000 dollars en décembre 2024, selon Led Zeppelin News ; notre guide sur les test pressings, promos et white labels raconte cette vente.

George Peckham (Porky, Pecko). Né en 1942, Peckham entre aux studios Apple en novembre 1968, où, note Wikipédia, il « commence à ajouter de courts messages dans le sillon de sortie des disques qu'il masterise » (traduction). Le premier pressage britannique d'Imagine de John Lennon porte « Porky » sur une face et « Pecko » sur l'autre, selon JPGR's Beatles Pages ; les exemplaires britanniques de Led Zeppelin IV portent « Pecko Duck » en face A et « Porky » en face B.

Rudy Van Gelder (RVG, VAN GELDER). Il enregistre dans la maison de ses parents à Hackensack à partir de 1946, puis dans un studio construit pour lui à Englewood Cliffs à partir de 1959. Wikipédia souligne qu'il maîtrisait « tout le processus d'enregistrement et de post-production (à l'exception du pressage) », avec pour signature « un petit RVG inscrit dans le runout » (traduction). Discogs recense les tampons « RVG », « RVG STEREO » et « VAN GELDER », sur des disques Blue Note, Prestige, Savoy, Impulse!, Verve et CTI. Les Blue Note originaux portent une seconde marque, un « P » cursif surnommé « l'oreille », pour Plastylite, l'usine qui les pressait, selon Jazz Collector.

Kevin Gray (KPG). « Difficile de trouver un ingénieur de mastering en activité dont les initiales figurent sur davantage de sillons de sortie », écrivait SoundStage! Experience en 2023 (traduction). Son profil Discogs décrit sa signature : KPG suivi du studio, par exemple ATM pour AcousTech, installé dans l'usine RTI de Camarillo, et CA pour Cohearent Audio, son propre studio depuis 2010. Gray grave la série de rééditions Tone Poet de Blue Note, annoncée en janvier 2019 comme masterisée par lui et pressée chez RTI. La réédition 2013 de Saxophone Colossus de Sonny Rollins par Analogue Productions porte « PRLP-7079-A KPG @ CA QRP KEVIN GRAY ».

Les tampons de studio : STERLING, MASTERDISK, TML et Capitol

Masterdisk. La règle de Hull est ce qu'il y a de plus utile à savoir sur les tampons : « Toutes les pièces gravées chez Masterdisk portent l'empreinte du tampon MASTERDISK. Toutes. » Donc, « si vous avez sous les yeux un disque masterisé par Bob Ludwig, Howie Weinberg, Tony Dawsey, Scott Hull ou Andy VanDette et qu'il n'a pas ce tampon, le master a été gravé par un autre studio, et TOUJOURS à partir d'une copie de la bande, pas du master original » (traduction). La face A d'un pressage américain de Nevermind de Nirvana, en 1991, masterisé par Weinberg, porte « MASTERDISK DGC-24425-A-GL1 » sur Discogs.

Sterling Sound. Fondé en octobre 1968 par Lee Hulko et Joe Paschek, Sterling engage Ludwig en 1969. Son profil Discogs signale un petit « SS » sur les gravures de la fin 1969, avant l'apparition du tampon STERLING, suivi des initiales de l'ingénieur : TJ pour Ted Jensen, GC pour Greg Calbi, TC pour Tom Coyne. Un Led Zeppelin II américain de 1969 pressé à Terre Haute porte « T ST-A-691671 RL SS » ; la réédition 2020 d'A Love Supreme de John Coltrane par Acoustic Sounds porte « RKS STERLING », pour Ryan Smith.

The Mastering Lab. Doug Sax l'ouvre à Hollywood le 27 décembre 1967. D'après Discogs, son premier tour Scully frappait TML ; après l'arrivée d'un second en 1972, ils deviennent TML-M et TML-S, maître et esclave, et un Neumann ajouté plus tard frappe TML-X. Les tours étaient couplés : les gravures S et X étaient faites « littéralement en même temps » que les M (traduction). La lettre signale donc une variante, pas un autre master, et un pressage américain de The Wall de Pink Floyd, en 1979, mélange les trois. Doug Sax meurt en avril 2015 ; le studio appartient aujourd'hui à Acoustic Sounds, à Salina (Kansas), et son pressage 2026 d'Astral Weeks de Van Morrison pour Analogue Productions porte « TML-M MCL », pour l'ingénieur Matthew Lutthans.

Capitol. Selon Discogs, le tampon MASTERED BY CAPITOL apparaît à partir d'octobre 1973 environ, à côté de la marque manuscrite d'un ingénieur : « Wly » pour Wally Traugott, « KP » pour Ken Perry. Cette date est utile : Discogs recense des exemplaires américains de 1973 de The Dark Side of the Moon (Harvest SMAS-11163) avec le seul « Wly » de Traugott, et d'autres avec « MASTERED BY CAPITOL » et le « KP » de Perry.

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Les studios de gravure britanniques : HTM, Bilbo, Townhouse et Utopia

Peckham n'était pas seul. Le guide des inscriptions de runout d'Atlas Records recense HTM pour Harry T. Moss, d'EMI et d'Abbey Road, présent sur Revolver et The Dark Side of the Moon ; « Bilbo » pour Denis Blackham, connu pour ses pressages de Bowie ; BLAIR'S pour Chris Blair, qui a travaillé sur Abbey Road à 17 ans ; « Cookie » pour Ian Cooper ; « MATT's » pour Matt Colton ; et un tampon « STRAWBERRY » sur de nombreux pressages britanniques des années 1960 et 1970. Le symbole du cent, ¢, appartient à un Américain, Tom Coyne, en jeu de mots sur son nom.

Le Townhouse, construit dans l'ouest de Londres par Richard Branson et Ian Cooper fin 1978, frappait « TOWNHOUSE » ou « TOWN HOUSE » jusqu'à sa fermeture en avril 2008. Utopia Studios, ouvert à Londres en octobre 1976, signait ses gravures d'une lyre, souvent écrite « ƱTOPIA » ; Cooper y a gravé de 1976 à 1979.

Les marques d'usine : où votre exemplaire a été pressé

Les graveurs signent les laques ; les usines marquent les pièces métalliques et les pressages. Voici ce que décrivent les profils d'usines de Discogs :

  • MPO, France. L'usine fondée à Averton, en Mayenne, en 1957, grave généralement « MPO » à la main. Depuis 2017 environ, elle grave au laser un logo et un numéro de stamper dont les deux premiers chiffres donnent l'année. Le groupe exploite aussi MPO Iberica, à Madrid.
  • QRP, États-Unis. Quality Record Pressings frappe QRP à côté de la marque du graveur, comme sur le Saxophone Colossus cité plus haut.
  • RTI, États-Unis. Record Technology Inc. note son travail de galvanoplastie sous la forme « xxxxx.1 (3) » : un numéro, la face, et (1), (2) ou (3) selon le procédé. Discogs prévient qu'un disque dont les matrices viennent de RTI n'y a pas forcément été pressé.
  • Optimal Media, Allemagne. Un code comme BJ78101-01 : B pour vinyle, puis une lettre pour l'année, J pour 2019, Q pour 2026.
  • Pallas, Allemagne. Un numéro de quatre ou cinq chiffres entre deux tirets, ou la tête de Pallas Athéné.
  • GZ Media, République tchèque. Un numéro de six chiffres gravé à la machine, puis une lettre de format (E pour un 30 cm en 33 tours, M en 45 tours) et la face. Notre portrait de GZ Media raconte l'histoire de l'usine.
  • CTH, États-Unis. L'usine Columbia de Terre Haute frappait CT, CTH ou un T, y compris sur les disques qu'elle pressait pour Atlantic, Capitol et A&M.

Le runout de la photo d'ouverture porte « R. S. Alsdorf » : Record Service, l'usine d'Alsdorf, en Allemagne, qui pressait pour WEA. L'absence de marque prouve peu de chose : le profil d'Optimal précise que des disques sans son code ont pu y être pressés.

Ce qu'une signature dit, et ce qu'elle ne dit pas

Mises bout à bout, ces marques transforment une ligne de runout en générique. Prenez le runout de Led Zeppelin II cité plus haut, « T ST-A-691671 RL SS » : T pour l'usine Columbia de Terre Haute, ST-A-691671 pour le numéro de matrice de la face, RL pour Ludwig, SS pour Sterling Sound.

Une signature dans le runout dit qui a gravé la laque et où, jamais à elle seule quand votre exemplaire a été pressé.

Trois précautions en découlent. Une signature date la laque, pas le pressage : KPG figure sur une réédition 2013 d'un album Prestige enregistré à Hackensack, TML-M sur des disques pressés en 2026. Des initiales seules peuvent prêter à confusion : GC désigne Greg Calbi chez Sterling comme chez Masterdisk, et seul le tampon voisin indique le studio. Enfin, un grand nom ne fait pas un premier pressage : le runout doit toujours concorder avec l'étiquette et la référence catalogue.

Questions fréquentes

01Que veut dire RL dans le runout d'un vinyle ?

RL est la signature de l'ingénieur de mastering Bob Ludwig, qui inscrivait ses initiales sur les laques qu'il gravait chez Sterling Sound de 1969 à 1975, puis chez Masterdisk. Sur Led Zeppelin II, elle signale sa gravure originale de 1969, qu'Atlantic a retirée et fait regraver.

02Que signifie « A Porky Prime Cut » sur un vinyle ?

C'est la signature de George Peckham, graveur britannique surnommé Porky, entré aux studios Apple en 1968. Porky, Pecko et Pecko Duck dans le runout signifient tous qu'il a gravé la laque de cette face.

03Que signifient STERLING ou MASTERDISK frappés dans le runout ?

Ce sont les tampons de deux studios de mastering new-yorkais : ils indiquent où la laque a été gravée, et les initiales voisines désignent l'ingénieur, par exemple STERLING TJ pour Ted Jensen. Selon Scott Hull, de Masterdisk, un master de l'un de ses ingénieurs sans ce tampon a été gravé ailleurs, à partir d'une copie de la bande.

Garder le runout avec le disque

Recopiez le runout à l'identique, face par face, avec chaque tampon, symbole et caractère barré : il nomme les personnes qui ont fabriqué le disque, et distingue souvent deux exemplaires aux étiquettes identiques. Sa place est avec les autres identifiants quand vous cataloguez l'édition exacte.

Quand vous identifiez un pressage par son runout dans Sleevewise, l'app nomme les ingénieurs de mastering, les studios de gravure et les usines de pressage qu'elle reconnaît dans les inscriptions, et le runout est conservé dans les notes de cet exemplaire. L'application de collection de vinyles s'occupe du reste, du scanner de code-barres et de pochette à l'évaluation de l'état sur l'échelle Goldmine.

Sources

dead waxsillon de sortieingénieurs de gravureusines de pressagenuméros de matrice